Résilience, c’est ce à quoi les Burkinabè sont appelés depuis le début de la crise sécuritaire avec son corollaire de plusieurs milliers de morts, de plus de 1,4 millions de personnes déplacées internes (PDI), de 2 244 établissements scolaires fermés. Cette crise qui sévit toujours au Burkina Faso a affecté plus de 304 564 élèves dont 148 046 filles. Parmi ces filles, Ramata Diallo, actuellement déplacée interne à Kongoussi, une bourgade située à une centaine de kilomètres de la capitale burkinabè.
Ramata Diallo, 18 ans, est une élève déplacée interne vivant à Kongoussi depuis 3 ans. Elle a fui les attaques terroristes avec ses parents alors qu’elle devait passer le BEPC. Une situation qui lui a contraint à abandonner ses études parce que les moyens y faisaient défaut. A l’orée de cette rentrée scolaire 2021-2022, c’est une élève déterminée à reprendre ses études que nous avons rencontrée à Kongoussi.
La rentrée des classes au compte de l’année 2021-2022 est dans quelques jours. En ce mois de septembre 2021, on a coutume de dire que « c’est la période où les parents marchent en parlant seuls ». Ce, à cause des inquiétudes liées aux dépenses qui s’annoncent avec la rentrée scolaire. Ces inquiétudes sont certainement plus pressantes quand on se retrouve en situation de PDI.
C’est un peu le cas de la famille Diallo qui, pour se préserver des attaques terroristes, s’est échappée de Kaokana-peulh, un village de la commune de Zimtanga, pour trouver refuge à Kongoussi, capitale de la province du Bam, « depuis maintenant trois ans ». A Kongoussi, la famille Diallo comme les nombreuses autres familles dans la même situation ont trouvé gîte et couvert sous leur statut de déplacés, grâce aux efforts du gouvernement, des Organismes internationaux et des bonnes volontés. Tout de même, des difficultés subsistent. Elles vont de l’alimentaire au vestimentaire en passant par la santé, l’éducation…
Ra
mata Diallo est de ces personnes dont les études ont été freinées par cette situation d’insécurité. La native de Kaokana-peulh nous retrace avec toujours de la peine les conditions dans lesquelles sa famille et elle sont arrivées à Kongoussi. « Nous avons fui notre village à cause de l’insécurité. J’étais élève au Collège d’Enseignement général (CEG) de Kargo. Je faisais la 4e et je devais passer en 3e quand les évènements ont surgi. Notre directeur a été tué par les hommes armés », a révélé Mlle Diallo. Ainsi, une fois à Kongoussi, la famille devrait s’adapter à la nouvelle vie de déplacé interne qui leur imposée, avant de penser aux études, surtout que « les moyens font défaut ».
En effet, notre interlocutrice, face au périple susmentionné, s’est vue dans l’obligation d’arrêter ses études, ses parents n’étant plus en mesure de supporter ses frais de scolarité avec ceux de son frère. « Mon frère ainé devrait faire le BAC et moi le BEPC. Les parents n’avaient pas les moyens pour payer nos frais de scolarités à tous les deux. Ils m’ont donc demandé de faire une pause pour qu’ils puissent payer la scolarité de mon frère, le temps de voir quelle solution ils trouveront pour moi », a-t-elle expliqué dans le détail. Une proposition que l’élève dit avoir accepté car n’ayant pas le choix.
Mieux, elle va même contribuer à financer les études de son frère ainé grâces aux petites activités qu’elle entreprend par moment. C’est donc tout naturellement, que, d’un air heureux mêlé de fierté, Ramata Diallo, esquissant un leger sourire, s’est félicitée en ces termes : « Dieu merci, il a eu le BAC et il est à l’université de Bobo actuellement ». C’est dire que face à l’adversité, Mlle Diallo et sa famille savent se montrer résiliente dans la mesure de leurs capacités.
En réalité, évoquant particulièrement son cas, la « battante » Diallo dit travailler « dans une unité de production d’eau potable en sachet » pour soutenir sa famille. « Avec les 15 000 F CFA qu’on me paye par mois, je contribue à ma manière aux dépenses de ma famille », a-t-elle soutenu. Pour ce faire, Ramata Diallo dit travailler matin ou soir, soit alternativement « de 7h à 12h ou de 12h à 17h » chaque semaine. Mais entre ces créneaux vides, elle indique faire tout ce qui lui tombe sous la main.
Après toutes ces explications, nous interrogeons Mlle Diallo à propos des communiqués du Ministère en charge de l’éducation autorisant les établissements publics à prendre en compte les élèves déplacés quand il n’y a pas d’école de fortune pour eux. Et à cette dernière de répondre : « j’ai appris le communiqué invitant les élèves déplacés à rejoindre les lycées communal et provincial pour suivre les cours. Mais il était déjà tard, raison pour laquelle je ne suis plus allée ». Elle précise avec regret que c’est « à la fin du deuxième trimestre » qu’elle a eu vent du communiqué.
Cette déplacée interne n’a manqué de renouveler sa volonté à poursuivre les études pour engranger beaucoup de diplômes en vue d’obtenir un travail qui lui permettra de mettre toute sa famille à l’abri du besoin. Il affiche clairement dans ses propos qu’elle n’a jamais eu l’intention de stopper ses études. « J’ai un pincement au cœur quand je vois des jeunes de mon âge aller à l’école mais pas moi », se lamente-t-elle. Sur sa volonté de reprendre ses études, Ramata Diallo est plus que jamais déterminée. « J’ai bien la volonté de renouer avec les études », a-t-elle martelé, notant que cela « est très important » pour elle.
Mais, consciente de la situation de sa famille, elle reconnait qu’il « est difficile avec le manque de moyens ». Pour cette raison, elle lance un SOS aux bonnes volontés, aux organismes de défense du droit à l’éducation, aux organisations de défense des droits de la fille, pour sauver ses études. « Avec un peu de soutien, si j’ai de la chance, je veux reprendre mes études », a-t-elle souhaité avant de lancer un dernier appel : « je veux aller à l’école mais nous avons aussi besoin de sécurité et de nourriture ».
Source : Minuite



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